Protéger un produit singulier à fort potentiel – la gomme arabique

Dans une bande aride de l'Afrique, une sève d'un type particulier ouvre des perspectives nouvelles aux personnes les plus démunies et augure des avancées pour l'environnement.

 

Pour ceux qui vivent hors de l'Afrique subsaharienne, d'où provient en grande partie la gomme arabique, cette substance n'est sans doute pas un produit familier. Elle est pourtant présente partout, ou presque, dans l'alimentation et les boissons, les céramiques et les cosmétiques, le papier et l'encre, pour ne citer que quelques‑uns des produits qui en contiennent.

Cette sève gluante, que les scientifiques dénomment exsudat, est sécrétée par certaines essences d'acacias et elle est commercialisée dans le monde entier sous sa forme solidifiée car elle a de nombreuses utilisations. Et les exportations ont triplé au cours des deux dernières décennies.

Mais ce boom n'a pas encore permis d'améliorer les conditions de vie des cueilleurs, qui vivent dans certains des pays les plus pauvres du monde et dont l'influence sur les cours de la gomme arabique est minime.

Le récent rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) se penche sur cette substance insolite. L'auteur de ce rapport, l'économiste Mario Jales, précise: "la gomme arabique a un énorme potentiel mais il n'est pas pleinement exploité. Constatant qu'elle n'est pas aussi demandée que certaines autres substances et sachant que les données et analyses la concernant sont difficilement accessibles, nous avons estimé qu'une initiative pourrait être utile. Et les États membres ont fait part de leur vif intérêt pour cette initiative ".

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Dans les 16 pays d'Afrique producteurs de gomme arabique destinée à l'exportation, ceux qui la récoltent sont généralement les plus pauvres dans les régions les plus défavorisées et les plus arides. Ils ont un accès limité aux outils nécessaires pour optimiser l'exploitation des arbres et en recueillir la sève, ou aux éléments d'information nécessaires au tri de la gomme arabique pour pouvoir l'écouler au meilleur prix. Ils n'ont pas non plus accès à des moyens de transport ou aux marchés, si bien qu'ils vendent au premier venu.

Dans les pays producteurs de gomme arabique comme le Mali et le Tchad, cette substance, qui sèche pour former des pépites dures et sert d'émulsifiant, de stabilisant, d'agent épaississant, etc., est une source de revenus cruciale pour les populations vulnérables.

"La gomme arabique représente un marché très important pour le Mali, un marché porteur. À l'heure actuelle, l'offre ne répond pas à la demande, l’offre est insuffisante" précise Mohamed Sidibé, coordinateur du Cadre intégré renforcé (CIR) au Mali basé au Ministère de l'investissement, de l'industrie et du commerce.

Le CIR travaille sur l'offre au Mali et au Tchad en vue d'aider les populations à subvenir à leurs besoins en les dotant d'outils adéquates pour récolter ce produit et ainsi augmenter leurs débouchés.

Jales décrit ce qui pourrait faire bouger les choses en ces termes : "il faut commencer par transmettre un savoir à ceux qui récoltent la gomme: sur la saignée, la collecte, le nettoyage, le tri et la classification; sur la façon de différencier leurs produits et d'y ajouter de la valeur – parce qu'il n'est pas rare qu'ils se contentent de recueillir la gomme sur un grand nombre d'arbres, de la mettre dans un sac et de la vendre au premier venu".

Pour Sidibé, c’est précisément pour cette raison que les cueilleurs ont besoin d’aide et que cette aide joue un rôle déterminant.

«Le potentiel de revenu de la gomme arabique et la dynamique du marché mondial permettent aux populations rurales de gagner un revenu là où elles se trouvent. Ils ne seraient pas poussés à migrer et à affronter tous les périls que cela comporte », a-t-il déclaré.

ÉVOLUTION DU COMMERCE

Au Tchad, le CIR a fourni à plus de 2 200 cueilleurs des kits de récolte et leur a dispensé une formation devant leur permettre d'accroître leurs rendements, de vendre à meilleur prix et de protéger les arbres pour les années à venir. On dénombre à présent dix syndicats, deux coopératives, trois associations régionales et un groupement national, s'efforçant de garantir leurs revenus et de protéger un secteur dont ils dépendent.

Selon le rapport de la CNUCED, le Mali a exporté environ 5 760 tonnes de gomme arabique brute en 2016, le double par rapport à 2013, ce qui en fait le quatrième exportateur après le Soudan, le Tchad et le Nigéria.

Le partenariat associant le CIR et le Mali a pour vocation d'améliorer la compétitivité de ces exportations, sachant que le commerce de la gomme arabique dans ce pays se redresse après des années de déclin dû en partie à des problèmes d'environnement, de gestion des terres et de choix stratégiques.

"La gomme arabique a un fort potentiel au Mali, mais la collecte n'y est pas organisée. Avec le concours du CIR, nous nous efforçons d'organiser les cueilleurs, de leur transmettre des informations adaptées, d'instaurer en leur faveur un meilleur rapport de force sur le marché et de créer ainsi des emplois. Ils travaillent maintenant pour leur intérêt commun." ajoute Sidibé.

"Nous leur avons enseigné des techniques pour saigner les arbres et séparer la gomme de qualité supérieure de la gomme de qualité inférieure. Et nous avons mis au point un manuel pratique pour que d'autres puissent à leur tour former des cueilleurs de gomme arabique", précise‑t‑il.

Ces activités se poursuivent dans 6 régions du Mali, où vivent certains des habitants les plus démunis, et il existe désormais 185 collectifs locaux et 19 associations de collectifs qui défendent les intérêts des cueilleurs de gomme arabique. Dans ce pays, ce sont principalement des femmes. Et des parcelles ont été recensées en vue d'une production supplémentaire, qui nécessitera la plantation d'acacias destinés à la collecte de gomme arabique.

DES ARBRES GÉNÉREUX

Ces arbres, qui poussent dans les zones les plus sèches, donnent plus que leur sève aux personnes les plus démunies. Leur présence a un effet positif sur toutes les cultures voisines et ils sont un rempart contre la désertification, qui, dans la région, se traduit par l'empiètement croissant du Sahara.

Dans ces conditions, protéger et entretenir les plantations de gomme arabique a d'autres retombées utiles, notamment corriger la répartition inéquitable des profits et protéger l'environnement.

"En Mauritanie, la surexploitation de la gomme arabique a presque conduit à l'extinction des acacias dans certaines régions. Aujourd'hui, dans de nombreux pays, on s'efforce de planter des acacias, ce qui est bénéfique aussi du point de vue du changement climatique et de la lutte contre la désertification. Ces arbres sont un instrument très puissant au service du développement durable", précise Jales.

L'initiative prise par l'Union africaine d'une grande muraille verte visant à restaurer des paysages dégradés dans une vaste bande du Sahel englobe l'acacia dans ses objectifs en matière de plantation. Dans le cadre de l'action du CIR au Mali, on prévoit de planter 10 000 hectares d'acacias, on a créé 16 pépinières et on poursuit la formation à la culture des semences.

"Il nous faut développer ce secteur et le rendre plus inclusif car la gomme arabique a un triple impact: économique, social et environnemental", conclut Sidibé.

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